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Rat-kangourou à queue en drapeau

Dipodomys spectabilis

commun localement mais en déclin selon l'UICN ; aucune estimation…
Risque d'extinction Quasi menacée
Milieu désertiqueEspèce clé de voûteIngénieur d'écosystèmeControverse scientifique
Rat-kangourou à queue en drapeau (Dipodomys spectabilis)
Photo : Juan Cruzado Cortés, Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Et si elle disparaissait ?

Impact Élevé
Sur 13 ans (Arizona)

Exclure trois espèces de rats-kangourous de parcelles d'expérience a fait tripler la densité des grandes graminées en douze ans, et des rongeurs typiques de la prairie aride s'y sont installés — la preuve que ce petit rongeur, par la prédation de graines et le remaniement du sol, contrôle activement la limite entre désert arbustif et prairie.

Documentée
Détail

Brown, J.H. et Heske, E.J. (1990). Control of a desert-grassland transition by a keystone rodent guild. Science, 250(4988), 1705–1707.

Expérience de long terme près de Portal, en Arizona, site situé précisément à la transition naturelle entre désert arbustif et prairie. En prélevant les grosses graines et en perturbant le sol par leurs terriers, les rats-kangourous limitent l'installation des graminées de prairie ; leur exclusion a permis à ces graminées de tripler en abondance sur douze ans et a ouvert la voie à d'autres espèces de rongeurs typiques de la prairie.

Effet secondaire, Arizona

Le rat-kangourou ne fait pas que freiner les arbustes : ses monticules abandonnés restent des îlots de sol riche en azote qui, eux, favorisent la croissance des buissons de créosote voisins — l'espèce même dont l'embroussaillement menace la prairie qu'il protège par ailleurs.

Documentée
Détail

Chew, R.M. et Whitford, W.G. (1992). A long-term positive effect of kangaroo rats (Dipodomys spectabilis) on creosotebushes (Larrea tridentata). Journal of Arid Environments, 22(4), 375–386.

Les monticules de terriers, même abandonnés, deviennent des « îlots de nutriments » riches en azote. Les buissons de créosote installés dans leur zone d'influence poursuivent leur croissance végétative et reproductive à l'abri des limitations en eau et en nutriments qui touchent le reste de la population, alors que le rat-kangourou est par ailleurs connu pour freiner l'expansion de ces mêmes arbustes ailleurs sur son territoire. Les deux mécanismes coexistent sans que leur bilan net à l'échelle du paysage soit établi.

Recolonisation, Arizona

Une fois la prairie bien établie sur une parcelle sans rats-kangourous, leur retour est beaucoup plus lent qu'ailleurs — environ deux ans, contre trois mois seulement sur une parcelle restée nue — signe que le changement de végétation peut se maintenir de lui-même une fois enclenché.

Documentée
Détail

Christensen, E.M., Simpson, G.L. et Ernest, S.K.M. (2019). Established rodent community delays recovery of dominant competitor following experimental disturbance. Proceedings of the Royal Society B, 286(1917), 20192269.

Cette asymétrie de recolonisation est un signal typique de ce que l'écologie appelle un effet de priorité ou un début de bistabilité : une fois qu'une communauté végétale alternative (la prairie) s'installe en l'absence du rat-kangourou, elle résiste davantage à sa réinstallation que ne le ferait un sol simplement laissé nu — la disparition du rongeur pourrait donc avoir un effet plus difficile à renverser qu'une simple pause temporaire.

Par extrapolation

Si la tendance observée à Portal se généralise à mesure que l'espèce décline sur l'ensemble de son aire, l'embroussaillement des prairies désertiques par la créosote et le mesquite pourrait s'accélérer au-delà des quelques parcelles expérimentales où l'effet a été mesuré.

Extrapolée
Détail

Extrapolation à partir de Brown & Heske (1990) et des données de l'UICN sur le déclin de l'espèce, sans mesure directe à l'échelle régionale.

L'expérience de Portal démontre un mécanisme causal clair sur un site précis. Le passage de ce mécanisme à une échelle régionale — l'ensemble du désert de Chihuahua, où l'embroussaillement est déjà documenté pour d'autres causes (surpâturage, sécheresse) — n'a pas été mesuré directement.

Ce qui manque pour confirmer : Un suivi à l'échelle régionale, distinguant la part de l'embroussaillement attribuable au déclin du rat-kangourou de celle due au surpâturage et à la sécheresse, confirmerait si l'effet mesuré à Portal se généralise.

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