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Bœuf musqué

Ovibos moschatus

135 000 individus matures
Risque d'extinction Préoccupation mineure
Milieu arctiqueCycle des nutrimentsIngénieur d'écosystèmeChangement climatique
Bœuf musqué (Ovibos moschatus)
Photo : Charles J. Sharp, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Et si elle disparaissait ?

Impact Modéré
1 an

Le bœuf musqué broute l'herbe puis va déféquer dans les creux à saules, y laissant un engrais naturel chaque année. Sans lui, cet apport s'arrête net : les saules cessent d'être nourris aux dépens de l'herbe broutée ailleurs.

Documentée
Détail

Mosbacher, J.B., Kristensen, D.K., Michelsen, A., Stelvig, M. et Schmidt, N.M. (2016). Quantifying Muskox Plant Biomass Removal and Spatial Relocation of Nitrogen in a High Arctic Tundra Ecosystem. Arctic, Antarctic, and Alpine Research, 48(2), 229–240.

Étude menée à Zackenberg, dans le nord-est du Groenland. Malgré des densités élevées de bœufs musqués, le prélèvement de biomasse végétale reste faible (moins de 5 % du fourrage disponible même en fin de saison) — l'essentiel de son effet sur le paysage passe donc moins par la quantité broutée que par ce déplacement spatial de nutriments d'un habitat à l'autre. Sans l'animal pour l'assurer, ce déplacement cesse purement et simplement.

10 ans

Privées du broutage du bœuf musqué et du caribou, les deux plantes qui dominent déjà le paysage — bouleau nain et saule gris — prennent le dessus en une quinzaine d'années, faisant de l'ombre aux plantes, lichens et champignons plus rares jusqu'à les faire disparaître par endroits.

Documentée
Détail

Post, E. et al. (2022). Caribou and muskoxen buffer climate impacts for rare plants. Scientific Reports, 12, 1558.

Suivi de 15 ans sur un site groenlandais comparant des parcelles broutées et exclues du broutage. Sans le bœuf musqué et le caribou pour limiter l'expansion des arbustes dominants, l'ombrage de leur canopée et la litière de feuilles qu'ils produisent désavantagent les espèces les moins compétitives — un mécanisme de compétition, pas de prédation directe, mais avec un effet mesurable sur la biodiversité végétale locale.

100 ans

Chez d'autres grands herbivores de la toundra — chevaux, bisons, rennes —, une forte densité d'animaux compacte la neige en hiver, ce qui protège le sol gelé en profondeur contre le réchauffement. Un siècle sans bœuf musqué pour fouler la neige de la toundra arctique aurait vraisemblablement laissé ce sol gelé moins protégé, même si l'effet n'a jamais été mesuré directement chez cette espèce précise.

Extrapolée
Détail

Extrapolation à partir de Beer, C., Zimov, N., Olofsson, J., Porada, P. et Zimov, S. (2020). Protection of Permafrost Soils from Thawing by Increasing Herbivore Density. Scientific Reports, 10, 4170 — étude qui ne porte pas sur le bœuf musqué.

L'étude de référence a modélisé cet effet à partir de troupeaux de chevaux, de bisons et de rennes dans le cadre du projet sibérien « Pleistocene Park », pas à partir du bœuf musqué. Le mécanisme physique (compaction de la neige réduisant son pouvoir isolant) devrait s'appliquer à toute grande espèce grégaire vivant en toundra enneigée, mais aucune mesure directe ne le confirme pour cette espèce précise.

Ce qui manque pour confirmer : Une mesure directe de l'effet du bœuf musqué sur la température du pergélisol sous ses zones de pâturage hivernal, comparable à celle réalisée pour les troupeaux de Pleistocene Park, reste à faire.

1000 ans

Sur mille ans, la toundra basculerait probablement vers un état durablement différent : bouleau nain et saule gris auraient pris toute la place, et le sol gelé en profondeur serait resté plus vulnérable au dégel faute de neige compactée. Même si le bœuf musqué revenait après tout ce temps, il lui faudrait des décennies pour faire reculer des arbustes aussi bien installés.

Hypothèse

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