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Anguille européenne

Anguilla anguilla

Le recrutement de civelles dans la zone indice de mer du Nord ne…
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Anguille européenne (Anguilla anguilla)
Photo : mr_capgras, Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Et si elle disparaissait ?

Impact Élevé
1 an

Sans anguille, la loutre, le butor et le héron perdraient du jour au lendemain leur proie la plus riche en graisse et devraient immédiatement se rabattre sur d'autres poissons — chabot et épinoche en tête. Le changement de régime serait rapide chez ces prédateurs opportunistes, mais rien ne garantit qu'il suffira à les nourrir aussi bien.

Extrapolée
Détail

Extrapolation à partir de Moorhouse-Gann, R.J., Kean, E.F., Parry, G., Valladares, S. et Chadwick, E.A. (2020). Dietary complexity and hidden costs of prey switching in a generalist top predator. Ecology and Evolution, 10(13), 6395–6408 — l'étude documente un changement de régime de la loutre vers le chabot et l'épinoche à mesure que l'anguille se raréfiait progressivement entre 1995 et 2010, pas une disparition brutale en un an.

L'étude a examiné 610 loutres retrouvées mortes en Angleterre et au pays de Galles entre 1994 et 2010, avec analyse du contenu stomacal et des restes de proies. Elle documente une bascule réelle vers le chabot et l'épinoche à mesure que l'anguille devenait plus rare dans le régime — un processus étalé sur quinze ans, qui donne une idée du type de substitution attendu, sans permettre de dire à quelle vitesse elle se produirait après une disparition totale et immédiate.

Ce qui manque pour confirmer : Aucune étude ne mesure la vitesse de la bascule alimentaire des prédateurs de l'anguille si elle disparaissait d'un coup plutôt que progressivement sur quinze ans comme observé en Angleterre et au pays de Galles.

10 ans

Cette bascule alimentaire ne suffit pas à nourrir la loutre aussi bien : sur la période où la présence de l'anguille dans son régime a chuté d'environ 75 %, seule sa consommation d'anguille restait associée à une meilleure condition corporelle — ni le chabot ni l'épinoche, pourtant consommés davantage en remplacement, n'ont montré cette association.

Documentée
Détail

Moorhouse-Gann, R.J., Kean, E.F., Parry, G., Valladares, S. et Chadwick, E.A. (2020). Dietary complexity and hidden costs of prey switching in a generalist top predator. Ecology and Evolution, 10(13), 6395–6408.

Chez 610 loutres examinées en Angleterre et au pays de Galles entre 1994 et 2010, la probabilité de trouver des restes d'anguille dans l'estomac est passée d'environ 0,35 en 1995 à 0,09 en 2010. Une association positive entre consommation d'anguille et condition corporelle a été mesurée (z = 2,23, p = 0,026), absente pour le chabot et l'épinoche — un signe que ces proies de remplacement, moins caloriques, ne compensent pas nutritionnellement la perte de l'anguille.

100 ans

Sur un siècle sans anguille, les cours d'eau et estuaires d'Europe auraient perdu un poisson qui pesait lourd, historiquement, dans leur biomasse. Loutres, butors et hérons se seraient vraisemblablement stabilisés sur un régime alternatif moins riche en graisse, avec une condition physique globalement plus faible qu'à l'époque de l'anguille abondante — sans qu'aucune autre espèce de poisson, faute d'occuper une niche aussi généraliste et fouisseuse, ne comble vraiment ce vide calorique.

Hypothèse
1000 ans

Sur mille ans, ce serait moins la perte d'une proie que la coupure d'un pont : l'anguille est l'un des rares poissons à relier directement, sur toute une vie, les rivières européennes et l'océan Atlantique, transportant des nutriments marins vers l'intérieur des terres et, en sens inverse, des générations entières vers un unique lieu de ponte supposé. Sans elle, ce lien resterait rompu pour de bon — aucun autre poisson du continent n'effectue un trajet comparable.

Hypothèse

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