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Hippopotame commun

Hippopotamus amphibius

122 500 individus
Risque d'extinction Vulnérable
MégaherbivoreCycle des nutrimentsCours d'eauIngénieur d'écosystèmeControverse scientifique
Hippopotame commun (Hippopotamus amphibius)
Photo : Bernard Gagnon, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Et si elle disparaissait ?

Impact Élevé
En continu

En broutant l'herbe des prairies la nuit puis en défécant dans l'eau le jour, l'hippopotame transporte à lui seul jusqu'à 76 % du flux total de silicium qui entre dans certaines rivières est-africaines — un nutriment essentiel aux diatomées, à la base de la chaîne alimentaire aquatique.

Documentée
Détail

Schoelynck, J., Subalusky, A.L., Struyf, E. et al. (2019). Hippos (Hippopotamus amphibius): The animal silicon pump. Science Advances, 5(5), eaav0395.

L'étude quantifie le rôle de l'hippopotame dans le cycle du silicium à l'échelle de la savane est-africaine : en transportant environ 0,4 tonne de silicium par jour depuis les prairies terrestres directement vers l'eau, il court-circuite les processus de rétention lents du sol. Le silicium est indispensable aux diatomées pour construire leur coquille — leur déclin en cas de perte de cet apport pourrait priver la chaîne alimentaire aquatique d'une part importante de sa production primaire.

Lors des crues

Le même apport organique devient parfois mortel en aval : les quelque 4 000 hippopotames de la rivière Mara y déposent environ 8,5 tonnes de matière végétale partiellement digérée par jour, et lorsque les crues rincent leurs mares d'un coup, l'eau pauvre en oxygène qui en résulte a provoqué neuf hécatombes de poissons en cinq ans.

Documentée
Détail

Dutton, C.L., Subalusky, A.L., Hamilton, S.K., Rosi, E.J. et Post, D.M. (2018). Organic matter loading by hippopotami causes subsidy overload resulting in downstream hypoxia and fish kills. Nature Communications, 9, 1951.

Sur 49 événements de crue suivis pendant trois ans, 13 ont provoqué une chute marquée de l'oxygène dissous jusqu'à l'hypoxie, et neuf hécatombes de poissons ont été documentées sur cinq ans. Deux mécanismes distincts sont en cause : le mélange direct de l'eau pauvre en oxygène des mares à hippopotames avec le reste de la rivière, et les sédiments de ces mares qui continuent de consommer de l'oxygène en se décomposant en aval une fois remis en suspension.

Si le déclin se poursuit

Une population d'hippopotames en fort recul réduirait à la fois le risque d'hécatombes de poissons par surcharge organique et l'apport de silicium qui nourrit la base de la chaîne alimentaire aquatique — deux effets documentés séparément, dont personne n'a encore établi lequel dominerait à mesure que la population diminue.

Extrapolée
Détail

Extrapolation combinant Schoelynck et al. (2019) et Dutton et al. (2018), qui documentent chacun un mécanisme opposé sans les mettre en balance l'un par rapport à l'autre.

Le cas de l'hippopotame est inhabituel dans ce référentiel : sa présence est à la fois bénéfique (apport de silicium essentiel aux diatomées) et potentiellement nuisible en concentration (hécatombes de poissons par hypoxie lors des crues). Un déclin de la population changerait l'équilibre entre ces deux effets, mais dans quel sens et à partir de quel seuil de population reste à établir.

Ce qui manque pour confirmer : Aucune étude ne modélise comment le bilan net de ces deux effets opposés évoluerait à mesure que la population d'hippopotames continue de décliner.